Pourquoi j'ai créé Escortia
Je suis une ancienne travailleuse du sexe. Pendant des années, j'ai dû me rendre visible pour vivre — et j'ai vu, de l'intérieur, comment les grosses plateformes s'engraissent sur notre dos. Escortia, c'est ma réponse.
Je ne vais pas te raconter d'histoire. J'ai fait ce métier. J'ai connu les bons mois, et ceux où le loyer tombe avant la paie. J'ai connu la liberté que ça peut donner, et la solitude quand personne autour de toi ne comprend vraiment. Et surtout, j'ai connu ce truc dont presque personne ne parle : l'argent que les annuaires nous prennent juste pour avoir le droit d'exister en ligne.
Ce site, je l'ai construit pour la fille que j'étais à mes débuts : celle qui calculait combien de rendez-vous il lui fallait dans la semaine rien que pour rembourser son abonnement à une plateforme avant de gagner, enfin, de quoi vivre.
Les plateformes nous prennent pour des distributeurs de billets
Soyons direct·es : la plupart des gros sites d'annonces du secteur sont une honte. Ils se présentent comme de simples vitrines, de gentils « intermédiaires techniques ». En réalité, ce sont des machines à cash. Et le carburant, c'est nous.
Pour apparaître. Pour rester « en avant ». Pour ne pas finir invisible en page 12, là où personne ne te trouvera jamais : il faut payer. Encore. Et encore. Souvent près de 100 € par semaine pour une visibilité correcte dans une grande ville.
≈ 400 € par mois. Juste pour avoir le droit d'exister sur un site.
Fais le calcul sur une année entière. C'est un loyer. Des vacances. Une mise de côté pour le jour où tu voudras arrêter. Cet argent sort de ta poche pour remplir celle d'actionnaires qui n'ont jamais pris le moindre risque à ta place, jamais ouvert leur porte à un inconnu, jamais rien risqué du tout.
Payer pour exister, même quand on n'a plus rien
Le pire, c'est le moment du choix. Le mois est creux. Le compte est dans le rouge. Et il faut quand même sortir la carte bleue pour rester visible — sinon les annonces des autres passent devant et tu disparais. Tu paies donc précisément quand tu peux le moins te le permettre.
C'est ça, le cœur de leur modèle : capitaliser sur notre précarité. Plus tu es vulnérable, plus tu paies. Plus tu galères, plus le système te presse. C'est dégueulasse, et ce n'est pas un accident : c'est exactement comme ça que c'est conçu.
Et ce n'est pas qu'une question d'argent
Le racket, c'est le plus visible. Mais il y a tout le reste. Aucun contrôle réel sur tes données. Tes photos qui se retrouvent recopiées ailleurs sans ton accord. Des faux profils partout, qui pourrissent la confiance pour tout le monde. Personne au bout du fil quand ça déraille. Cette impression diffuse de n'être qu'une ligne dans le tableur de quelqu'un d'autre.
Bref : d'être traitée comme une marchandise. Une marchandise qu'on rackette, en plus.
On n'est pas des marchandises
Le travail du sexe est un travail. Pas un crime, pas une honte, pas une maladie. Et comme tout travail, il devrait s'exercer avec des droits : le droit de bosser en sécurité, de choisir et de refuser, d'être payé·e dignement, de garder la main sur son activité.
Ce que je défends est simple :
- La décriminalisation du travail du sexe et de celles et ceux qui l'entourent.
- La sécurité : pouvoir exercer sans se cacher, sans danger, sans chantage.
- L'accès aux droits : santé, banque, logement, justice — sans être stigmatisé·e.
- Le contrôle de son travail : ses annonces, ses contacts, son argent.
Ce que j'ai voulu construire
Escortia, c'est l'inverse de tout ce qui précède. Pas de racket. Pas d'abonnement à 100 € la semaine, pas de chantage à la visibilité, pas de page 12. Tu publies ton annonce gratuitement, tu gardes la main dessus, et tu parles en direct avec qui tu veux. Pas d'intermédiaire qui se sucre au passage.
Ce ne sont pas que des mots : ce sont des engagements écrits. Je les ai posés noir sur blanc dans notre charte, pour que tu puisses me tenir responsable s'ils ne sont pas respectés.
Ni flic, ni sauveuse
Je tiens à être claire, parce que dans ce milieu la méfiance est saine : je ne suis pas là pour te « sortir » de force. Je ne suis pas la police. Je ne suis pas une asso qui te regarde de haut en décidant ce qui est bon pour toi.
Tu es la mieux placée pour savoir ce dont tu as besoin. Mon rôle, c'est de te mettre un outil correct entre les mains et de me battre pour tes droits — pas de décider à ta place. Si un jour tu veux de l'aide, du soutien, parler à quelqu'un qui ne te jugera pas, tu trouveras de vraies ressources dans notre page aide & ressources.
Ce que j'aurais aimé qu'on me dise
Quand j'ai commencé, j'aurais aimé qu'on me dise que ce métier n'avait pas à rimer avec se faire plumer en silence. Qu'on pouvait poser ses limites, choisir ses clients, refuser — et que ça ne faisait pas de toi une « mauvaise » professionnelle, juste une professionnelle. J'aurais aimé qu'on me dise que la honte qu'on ressent n'est pas la nôtre : c'est celle qu'on nous colle dessus, et c'est très différent.
J'aurais aimé, surtout, qu'il existe un endroit où être visible sans avoir à choisir chaque semaine entre payer un site et payer mes factures. Cet endroit n'existait pas. Alors plutôt que de continuer à m'en plaindre, j'ai préféré le bâtir — pour que la suivante n'ait pas à se poser les mêmes questions, seule, dans le noir, à deux heures du matin.
Escortia ne réglera pas tout, et je ne te raconterai pas l'inverse. Mais si ça permet à une seule d'entre nous de garder un peu plus d'argent, un peu plus de contrôle et un peu plus de dignité, alors ça en valait la peine.
Ce que personne ne te dit sur la « visibilité »
On parle de « visibilité » comme si c'était un petit bonus, une option sympa. En réalité, sur ces plateformes, c'est une course sans ligne d'arrivée. Tu paies pour être devant ; quelqu'un paie plus, tu repasses derrière ; tu remets au pot. Le système est conçu pour que tu ne sois jamais tranquille, pour que tu rafraîchisses ton annonce à deux heures du matin en te demandant si tu as « assez » misé cette semaine.
Cette anxiété-là, elle n'apparaît sur aucun relevé, mais elle coûte cher. Elle te pousse à accepter des rendez-vous dont tu ne veux pas, à baisser tes tarifs, à rogner sur ta sécurité parce qu'il « faut rentabiliser l'abonnement ». J'ai vu des collègues s'épuiser à nourrir une machine qui ne leur rendait rien, et finir par confondre « être visible » et « être à la merci d'un site ». La visibilité payante, ce n'est pas un service : c'est une laisse.
Le déclic
Il n'y a pas eu de grand soir. C'est venu petit à petit, puis d'un coup. À force de voir les mêmes scènes se répéter : une débutante qui ne comprenait pas pourquoi son annonce avait disparu des premières pages, une autre qui pleurait parce qu'elle avait payé et s'était quand même fait arnaquer, une troisième qui n'osait pas porter plainte de peur qu'on remonte jusqu'à son annonce. Toujours nous, jamais eux, qui prenions les risques et payions l'addition.
Un jour, j'ai arrêté d'attendre que quelqu'un d'autre règle le problème. Je me suis dit que si un outil correct n'existait pas, on allait le construire nous-mêmes. Pas parfait, pas du jour au lendemain — mais à nous, et sans péage à l'entrée.
Pourquoi un annuaire, et pas autre chose
Parce que la visibilité, dans ce métier, c'est vital : sans annonce, pas de clients ; sans clients, pas de revenus ; sans revenus, on retombe dans la dépendance qui nous met précisément en danger. Le problème n'a jamais été l'annuaire en soi — c'est qu'on en avait fait un racket. Reprendre cet outil, le rendre gratuit et le remettre entre tes mains, c'est rendre un peu de pouvoir là où on nous en avait confisqué.
Je n'avais pas envie de faire une énième association qui parle à la place des TDS. Je voulais un truc concret, utile dès demain matin : une annonce qui ne te coûte rien, un contact en direct, et des infos pour bosser plus en sécurité.
Tu peux en faire partie
Escortia n'est pas un produit fini posé d'en haut. C'est un début, et il se construit avec la communauté. Si tu es TDS, la meilleure façon de le faire vivre, c'est d'y être : publie ton annonce, gratuitement. Parles-en autour de toi. Dis-moi ce qui cloche, ce qui manque, ce qu'on peut faire mieux.
On nous a longtemps fait croire qu'on devait payer pour avoir le droit d'exister. C'est faux. On se reprend cette place — ensemble, et gratuitement.
Pour le positionnement complet du projet, lis aussi notre démarche.
Tu es travailleur·se du sexe ?
Publie ton annonce gratuitement, sans intermédiaire qui se sucre au passage. Tu gardes la main sur ton annonce, tes contacts et ton argent.